Cancer de l'œsophage : comment le dépister et quels sont les traitements ?

Publié le

Sandrine Letellier

Temps de lecture estimé 8 minute(s)

Cancer de l'œsophage : comment le dépister et quels sont les traitements ?
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Avaler devient difficile, la perte de poids est inexpliquée… Et si ces symptômes n'étaient pas liés qu'à un simple trouble digestif ? Le cancer de l'œsophage, souvent silencieux au début, peut être mieux pris en charge lorsqu'il est repéré tôt.

Situé derrière la trachée et devant la colonne vertébrale, l'œsophage se présente sous la forme d'un tube creux d'une longueur d'environ 25 à 30 cm chez l'adulte. Cet organe digestif a un rôle de passage puisqu'il fait progresser les aliments et les liquides de la bouche à l'estomac grâce à des contractions appelées péristaltisme.

Il est constitué de plusieurs couches et c'est dans la muqueuse - sa couche interne - que naît le cancer de l'œsophage, la plupart du temps.

Cancer de l'œsophage : de quoi parle-t-on exactement ?

« Il représente aujourd'hui le 5e cancer digestif le plus fréquent en France, après les cancers du côlon, du pancréas, du foie et de l'estomac », indique le Dr Marine Valéry, oncologue digestive à l'Institut Gustave-Roussy (Villejuif).

En France, environ 5 400 nouveaux cas de cancers de l'œsophage sont diagnostiqués chaque année, un chiffre issu des estimations de référence de 2018 de l’Institut national du cancer (INCa), toujours utilisées dans les publications récentes, faute de données consolidées plus actuelles. 78 % de ces nouveaux cas concernent des hommes et la grande majorité est diagnostiquée chez des personnes âgées de plus de 50 ans.

« Il s'agit d'un cancer agressif au diagnostic posé souvent tardivement en raison de symptômes initiaux considérés à tort comme peu préoccupants, indique le Dr Christelle de la Fouchardière, oncologue spécialiste des cancers digestifs à l'Institut Paoli-Calmettes à Marseille. On distingue deux principaux types de cancers de l'œsophage, les carcinomes épidermoïdes et les adénocarcinomes. Les carcinomes épidermoïdes sont les plus fréquents au niveau mondial. Ils touchent les cellules tapissant la paroi interne de l'œsophage. Les adénocarcinomes, eux, apparaissent le plus souvent dans la partie basse de l'œsophage. »

Qui peut être concerné par le cancer de l'œsophage ?

« Deux grands profils de patients se distinguent, schématise le Dr Christelle de la Fouchardière. Ainsi, les personnes ayant consommé longtemps tabac et alcool sont davantage exposées aux cancers épidermoïdes. D'autres personnes souffrant de reflux gastro-œsophagien chronique, en particulier lorsqu'il est ancien et associé à un surpoids ou à une obésité, sont plus à risque de développer un adénocarcinome. »

« Le reflux gastro-œsophagien chronique peut entraîner une transformation de la muqueuse appelée métaplasie intestinale (œsophage de Barett), considérée comme une lésion précancéreuse nécessitant une surveillance », précise le Dr Marine Valéry.

À l'origine, le cancer de l'œsophage touchait très majoritairement les hommes, notamment en raison d'une consommation plus importante de tabac et d'alcool. « Aujourd'hui, même si les hommes restent nettement plus concernés, l'écart tend à se réduire, en particulier pour certaines formes comme l'adénocarcinome, observe le Dr Christelle de la Fouchardière. Certes, les cancers épidermoïdes tendent à stagner voire à diminuer, mais le nombre d'adénocarcinomes flambe en raison de la dégradation de nos modes de vie (alimentation ultratransformée, sédentarité…) qui favorise le surpoids, l'obésité et le reflux gastro-œsophagien. »

La dysphagie, ou difficulté à avaler, souvent premier symptôme à ne pas ignorer

Le mal est silencieux pendant de nombreuses années. « La dysphagie, c'est-à-dire la difficulté à avaler les aliments solides puis liquides, est très souvent le premier symptôme du cancer de l'œsophage, explique le Dr Marine Valéry. Les patients ont la sensation que les aliments "restent bloqués" au niveau du sternum. Face à une dysphagie persistante, surtout chez une personne à risque, il est essentiel de consulter rapidement. Plus le diagnostic est posé tôt, meilleures sont les chances de traitement efficace. »

D'autres symptômes, comme de la fatigue, une perte d'appétit et de poids, des troubles digestifs, des saignements, des hoquets et des rots, peuvent accompagner la dysphagie. Plus rarement, et plus tard au cours de l'évolution de la maladie, la voix peut être modifiée quand les nerfs qui commandent les cordes vocales et le larynx sont touchés.

L'endoscopie : l'examen clé pour le diagnostic

L'endoscopie digestive haute est l'examen clé pour diagnostiquer un cancer de l'œsophage. Elle consiste à introduire un tube souple muni d'une caméra par la bouche afin de visualiser directement la muqueuse de l'œsophage, de l'estomac et du duodénum.

Cet examen permet notamment de diagnostiquer un œsophage de Barett, et d'agir avant que le cancer ne se développe, mais aussi de réaliser des biopsies (prélèvement de tissus). « Une endoscopie est un examen essentiel, à réaliser tous les 5 ans, en cas de RGO persistant », précise le Dr Christelle de la Fouchardière.

Une fois le diagnostic posé, d'autres examens sont réalisés pour évaluer l'extension de la maladie : scanner thoraco-abdominal, TEP-scan (1) ou écho-endoscopie. Cette étape, appelée bilan d'extension, est essentielle pour déterminer la stratégie thérapeutique la plus adaptée.

« En cas de cancer épidermoïde de l'œsophage, on recommande souvent de réaliser une panendoscopie, souligne le Dr Marine Valéry. Cet examen permet d'explorer l'ensemble des voies aérodigestives supérieures, c'est-à-dire la bouche, le pharynx et le larynx, afin de vérifier qu'il n'existe pas un second cancer, ce qui n'est pas rare chez des patients consommateurs de tabac et d'alcool. »

Quels sont les traitements ?

Le choix des traitements est discuté lors d'une réunion qui réunit plusieurs médecins de spécialités différentes (hépato-gastro-entérologue, chirurgien, oncologue, radiothérapeute…). Il dépend du stade de cancer. « Si le diagnostic a été précoce et la tumeur très localisée, sans ganglion suspect, la muqueuse peut être enlevée sous endoscopie, explique le Dr Christelle de la Fouchardière. C'est évidemment l'opération la moins lourde. Mais ces cas sont relativement peu fréquents. »

« Dans les formes plus avancées mais encore localisées, la chirurgie reste le traitement de référence, complète le Dr Marine Valéry. Une chimiothérapie peut être préconisée avant, parfois en association avec la radiothérapie. Lors de l'intervention, une partie ou la totalité de l'œsophage est retirée ainsi que certains ganglions lymphatiques pour évaluer l'envahissement ganglionnaire. »

Ces dernières années, de nouveaux traitements sont également venus enrichir l'arsenal thérapeutique. C'est notamment le cas de l'immunothérapie, qui stimule les défenses naturelles de l'organisme pour l'aider à reconnaître et à attaquer les cellules cancéreuses. Selon les situations, elle peut être utilisée seule ou en association avec la chimiothérapie.

L'importance du suivi

Après le traitement d'un cancer de l'œsophage, un suivi médical régulier est indispensable. Ce suivi comprend une endoscopie œsophagienne, un scanner et un examen ORL. Le rythme de cette surveillance est d'environ tous les 3 à 4 mois au début puis tous les 6 mois, au moins pendant 5 ans. Ce suivi est essentiel pour contrôler l'absence de rechute et parce qu'il existe aussi un risque plus important de développer un second cancer des voies aérodigestives, du poumon et de l'estomac.

Suivre une bonne hygiène de vie est impératif. En cas de dépendance au tabac et à l'alcool, une aide au sevrage de ces deux addictions est indispensable. Une attention particulière est également portée à la nutrition, les patients pouvant présenter des difficultés à s'alimenter ou une perte de poids après les traitements.

« Afin de prévenir la dénutrition et l'affaiblissement de l'organisme pendant les traitements, il est recommandé de fractionner les prises alimentaires, de bien mastiquer les aliments et de privilégier les textures plutôt molles et riches en calories », conclut le Dr Christelle de la Fouchardière.

(1)    Le TEP-scan (aussi appelé PET scan) est un examen d’imagerie médicale qui permet d’observer le fonctionnement des organes à l’intérieur du corps, et pas seulement leur forme. Il sert à détecter des cancers, voir si un traitement fonctionne, rechercher des infections ou des anomalies…

« J'avais des difficultés à déglutir »

Témoignage François-Xavier Bernard, 71 ans

En septembre 2023, François-Xavier Bernard ressent une gêne inhabituelle lors d'un dîner au restaurant avec sa sœur. « Une bouchée semblait mal passer et reste bloquée quelques instants avant de descendre », témoigne-t-il. Ces épisodes se répètent et deviennent plus fréquents. En l'absence de son médecin traitant, il consulte un généraliste qui lui prescrit un traitement anti-acide. « J'ai pris du Gaviscon, mais ça n'a rien changé. » Trois mois plus tard, il retourne finalement voir son médecin habituel. Celui-ci s’alarme : « Vous avez perdu 10 kg ! ». Scanner et endoscopie confirment un cancer épidermoïde de l’œsophage. « Ensuite, tout s'est enchaîné très vite : examens, radiothérapie, chimiothérapie. »

Avec le recul, il reconnaît qu’il présentait certains facteurs de risque. « J'avais une consommation d'alcool assez importante depuis longtemps ». Pourtant, ses bilans sanguins réguliers, réalisés notamment pour surveiller un problème de cholestérol, ne montraient pas d’anomalie particulière. « Mes gamma-GT n’étaient jamais vraiment élevées. » Ces enzymes hépatiques sont souvent utilisées comme marqueurs biologiques d’une consommation excessive d’alcool, mais elles ne sont pas toujours élevées chez les personnes ayant des apports élevés en alcool. « Je faisais beaucoup de footing et je me sentais en forme. » Opéré en novembre 2024 à l’hôpital nord à Marseille, il est aujourd’hui suivi régulièrement. « Lors du dernier contrôle, les médecins avaient l'air plutôt contents et m’ont dit que le prochain serait dans six mois ! »

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