Pourquoi le syndrome des ovaires polykystiques change de nom ?

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Julie Kermarrec

Temps de lecture estimé 7 minute(s)

Pourquoi le syndrome des ovaires polykystiques change de nom ?
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Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) est désormais appelé syndrome ovarien, métabolique et polyendocrinien (SOMP). Une évolution destinée à mieux refléter la complexité de cette maladie qui touche 5 à 10 % des femmes. Elle vise aussi à améliorer le diagnostic et la prise en charge d’une pathologie aux répercussions multiples.

Lors du Congrès européen d’endocrinologie à Prague en mai 2026, le syndrome des ovaires polykystiques, connu sous l’acronyme SOPK, a officiellement changé de nom. Il est devenu le syndrome ovarien, métabolique et polyendocrinien (SOMP) (1). Fruit d’un long travail scientifique, cette nouvelle dénomination vise à mieux cibler le diagnostic d’une maladie qui touche aujourd’hui 5 à 10 % des femmes.

« Cela donne une nouvelle visibilité à la maladie. Le fait de ne plus parler de “kystes” est particulièrement important. Cela entretenait beaucoup de malentendus sur ce qu’est réellement cette pathologie, explique la Dr Maëliss Peigné, gynécologue médicale et chef de service de Médecine de la reproduction et préservation de la fertilité à l’hôpital Jean-Verdier (AP-HP) et membre du comité scientifique de l’Asso SOPK. Ce n’est pas seulement un problème d’ovaires. Le nouveau nom permet de mieux apprécier qu’il s’agit d’une maladie globale qui peut avoir des répercussions sur plusieurs aspects de la santé des femmes. »

Un dérèglement hormonal à l’origine de la maladie

Pour comprendre cette maladie gynécologique, il faut revenir au mécanisme de l’ovulation. La femme possède, dès sa naissance, un stock d’ovocytes contenus dans les ovaires. Chaque ovocyte est entouré d’un follicule, une structure qui permet sa maturation. Tous les mois, plusieurs follicules commencent à se développer, mais un seul atteint normalement la maturité et libère un ovocyte : c’est l’ovulation.

Ce processus fonctionne comme une sélection. Plusieurs follicules entrent en compétition, mais un seul est généralement favorisé par l’action de l’œstradiol, l'hormone clé de la maturation folliculaire. Chez les femmes atteintes de syndrome ovarien, métabolique et polyendocrinien (SOMP), ce mécanisme est perturbé par une production excessive d’hormones masculines appelées androgènes, comme la testostérone. Plus de vingt follicules peuvent alors commencer à se développer simultanément, sans qu’aucun n’atteigne la maturité. Ils s’accumulent dans les ovaires, donnant un aspect particulier, longtemps décrit à tort comme des « kystes ».

Le problème n’est donc pas un excès d’ovocytes, mais l’absence de follicule dominant. L’ovulation devient rare ou absente, entraînant des cycles irréguliers, voire inexistants, et des difficultés à concevoir. À cela s’ajoutent d’autres symptômes liés au dérèglement hormonal et métabolique, comme l’acné ou la peau grasse, l’excès de pilosité, la prise de poids, une calvitie ou chevelure clairsemée.

Quels risques cardiovasculaires ?

Ces symptômes, variables selon les femmes, s’accompagnent d’un risque accru de complications métaboliques. Le syndrome ovarien, métabolique et polyendocrinien (SOMP) augmente ainsi le risque de surpoids, d’hypertension artérielle, de troubles de la glycémie, pouvant évoluer vers un diabète de type 2 et des maladies cardiovasculaires comme l’infarctus du myocarde ou l’accident vasculaire cérébral (AVC).

Il existe également un risque accru de cancer de l’endomètre lié aux troubles de l’ovulation. « On a aussi beaucoup plus de risques de souffrir d’anxiété et de dépression. L’errance diagnostique et l’incertitude sur l’évolution des symptômes sont très anxiogènes », explique Caroline Bernard, présidente de l’association Asso’ SOPK.

Comment ce syndrome est-il diagnostiqué ?

Le diagnostic peut prendre de cinq à sept ans avant d’être posé et s’appuie sur un ensemble d’éléments cliniques, biologiques et échographiques.

« On recherche notamment des troubles du cycle, l’absence des règles, des signes comme l'acné ou une pilosité importantes, un taux de testostérone élevé via une prise de sang et la présence d'un grand nombre de follicules à l'échographie », rappelle la Dr Alix Roquette, gynécologue médicale et directrice médicale de Sorella Care, cabinet spécialisé dans la santé des femmes. Elle précise qu’il s’agit d’un diagnostic d’élimination, c’est-à-dire qu’il convient aussi d’exclure d’autres maladies pouvant donner des symptômes similaires.

Chez les adolescentes, le diagnostic doit être différé (environ huit ans après les premières règles), car les cycles sont naturellement irréguliers dans les premières années.

« L’infertilité n’est ni systématique ni irréversible »

Concernant le risque d’infertilité, dont ce syndrome constitue la première cause, il est à relativiser. 70 % des femmes atteintes parviennent à concevoir naturellement. « L’infertilité ne veut pas dire stérilité. Beaucoup de femmes auront des grossesses spontanées ou après une prise en charge adaptée. Cette infertilité n’est ni systématique ni irréversible », explique la Dr Alix Roquette, gynécologue médicale.

Certaines mesures d’hygiène de vie peuvent améliorer la situation. « Chez des patientes en surpoids, une perte de poids même modérée peut suffire à restaurer des cycles ovulatoires et à améliorer les chances de grossesse. » En revanche, pour les femmes dont le poids est normal, mincir n’apporte pas de bénéfice.

Elle insiste également sur l'importance de la prévention. « Les femmes qui n’ont pas de projet de grossesse doivent avoir une contraception. Des cycles irréguliers ne signifient pas une absence totale d’ovulation et une grossesse peut survenir. »

Une prise en charge centrée sur les symptômes et l’hygiène de vie

Aujourd’hui, le traitement de ce syndrome est uniquement symptomatique et se fonde sur une bonne hygiène de vie : une activité physique régulière (avec 150 minutes d’activité modérée par semaine), et une alimentation équilibrée de type régime méditerranéen.

« Il n’existe aucun médicament spécifiquement développé pour traiter le syndrome ovarien, métabolique et polyendocrinien (SOMP). Nous traitons les symptômes et leurs évolutions », précise le Dr Peigné, gynécologue médicale. La prise en charge va donc être pluridisciplinaire selon les affectations présentées, associant gynécologue, endocrinologue, diététicien-nutritionniste, psychologue et d’autres spécialistes.

« C’est un accompagnement sur le long terme. Chaque personne va créer son environnement de professionnels de santé », indique Caroline Bernard, présidente de l’Asso SOPK.

Le Dr Peigné encourage par ailleurs les patientes « à s’informer sur leur maladie et à se rapprocher des associations de patientes pour trouver des ressources, des informations fiables et un soutien précieux dans leur parcours. »

(1)    Traduction retenue en français et validée par le conseil scientifique de l’Asso SOPK. Le terme SMOP, évoqué précédemment dans certaines publications, ne correspond donc pas à la dénomination finale validée. https://mchri.org.au/guidelines-resources/community/pmos-resources-2/

Témoignage d’Ophélie Zabe, 34 ans

Pourquoi le syndrome des ovaires polykystiques change de nom ?
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« J'ai été diagnostiquée à l'âge de 15 ans. J'ai eu mes règles très tôt, vers 10 ans et demi, et elles étaient irrégulières. À cette époque, je faisais du sport en compétition. Quand j'ai arrêté vers 14 ans, j'ai rapidement pris du poids. Une gynécologue m'a alors prescrit une échographie qui a révélé des ovaires dits polykystiques. Mais on m'a uniquement expliqué que cela allait être très compliqué pour moi d'avoir des enfants.

Pendant dix ans, j'ai vécu avec ce diagnostic sans vraiment comprendre ce qu'il signifiait. J'ai développé une pilosité importante et pris du poids, sans faire le lien avec le syndrome. À l'époque, le SOMP était surtout abordé sous l'angle de la fertilité et les autres symptômes étaient peu pris en compte.

Les choses ont changé lorsque j'ai rencontré des médecins davantage sensibilisés et rejoint l'association Asso'SOPK, dont j'ai participé au développement avant de m'en éloigner au début de mon parcours de procréation médicalement assistée (PMA). En arrivant à Marseille, j'ai intégré un programme d'éducation thérapeutique réunissant gynécologues, psychologues, diététiciennes et spécialistes du sport-santé.

Cette prise en charge pluridisciplinaire m'a permis de perdre 10 kg avant de recourir à une fécondation in vitro (FIV), grâce à laquelle j'ai eu mon fils. Avec le recul, elle a été déterminante pour mieux comprendre la maladie et apprendre à vivre avec. Mon conseil aux femmes est simple : écoutez-vous. Lorsque vous sentez que quelque chose dysfonctionne, continuez à chercher des réponses et des professionnels qui vous écoutent. »

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