Comment l'alimentation peut-elle favoriser la cicatrisation d'une plaie ?

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Sandrine Letellier

Temps de lecture estimé 8 minute(s)

Comment l'alimentation peut-elle favoriser la cicatrisation d'une plaie ?
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L’alimentation joue un rôle essentiel dans la cicatrisation. Aussi est-il nécessaire d'adopter de bonnes habitudes nutritionnelles, surtout si l'on s'apprête à subir une intervention chirurgicale. Explications.

On l’ignore souvent, mais il est important de bien manger pour bien cicatriser. En 2023, quelque 6,3 millions de séjours chirurgicaux ont été réalisés en France, dont près des deux tiers en ambulatoire. Et qui dit bistouri, dit plaie et cicatrisation. Un organisme affaibli, dénutri ou épuisé n'offre pas les conditions idéales de récupération après l'agression du geste opératoire ou dans le traitement des plaies chroniques.

« La cicatrisation est un processus long et complexe permettant à une plaie de se refermer naturellement grâce au pouvoir de régénération des cellules tissulaires du corps, explique le Dr Corinne Chicheportiche-Ayache, nutritionniste à Paris. Cette faculté peut être mise à mal par une infection, certaines maladies, comme le diabète, mais également par la malnutrition, voire la dénutrition. »

Malnutrition et dénutrition : des menaces pour la cicatrisation de la peau

Selon la Haute Autorité de santé (HAS), la dénutrition touche près de trois millions de Français. « Un adulte sans pathologie et doté d’une alimentation équilibrée cicatrise correctement, indique le Dr Chicheportiche-Ayache. En revanche, la cicatrisation devient plus complexe après 60 ans lorsque l’alimentation est négligée, notamment à cause de l’isolement, d’une maladie ou de problèmes dentaires. »

Douleurs, fatigue, nausées ou difficultés à mâcher peuvent conduire à manger moins. Une perte de poids ou de force doit alors alerter. Détectée avant une intervention, la dénutrition peut être corrigée en enrichissant les repas ou, si nécessaire, par la prescription de compléments nutritionnels oraux. »

Le repas du soir mérite une attention particulière. « Les réparations cellulaires de la peau, très importantes pour une bonne cicatrisation, se produisent essentiellement la nuit », souligne le Dr Nina Roos, dermatologue à Paris.

Prendre soin de son collagène

Le collagène soutient la peau. Sa production diminue progressivement à partir de l’âge de 30 ans environ, la rendant plus fine et moins résistante. Mais le temps n’est pas son seul ennemi.

« Une alimentation trop riche et trop sucrée peut accélérer sa dégradation par la réaction dite de Maillard, prévient le Dr Roos. Lorsque les sucres entrent en contact avec le collagène, ils rigidifient ses fibres et rendent la cicatrisation plus difficile. » Un dessert occasionnel n’empêchera pas une plaie de se refermer. Ce sont les excès répétés qui posent un problème.

« À long terme, une alimentation trop riche en graisses saturées favorise aussi la formation de plaques d’athérome dans les artères, ajoute la dermatologue. En réduisant la vascularisation et l’oxygénation des tissus, celles-ci peuvent retarder la cicatrisation. Quant à l’excès de sel, il contribue à l’hypertension et fragilise la santé vasculaire. »

« Nous ne sommes pas tous égaux en matière de cicatrisation, certaines peaux cicatrisant moins bien que d'autres, insiste le Dr Chicheportiche-Ayache, nutritionniste. Sans surestimer son rôle, l’alimentation reste l’un des rares facteurs modifiables. »

Des protéines animales et végétales

Les protéines fournissent les acides aminés nécessaires au collagène, au renouvellement cellulaire et à l’immunité. Une revue publiée en 2024 dans JPRAS Open confirme leur rôle, sans qu’un nutriment isolé garantisse une meilleure cicatrice. « Chez les personnes dénutries ou les grands brûlés, les apports font l’objet d’une prise en charge hospitalière spécifique, qui peut faire appel au régime pulsé » (1), observe le Dr Chicheportiche-Ayache.

Viandes, poissons, œufs et laitages apportent des protéines animales ; légumes secs, céréales complètes et tofu, des protéines végétales. Lorsque l’appétit manque, mieux vaut enrichir de petites portions : œuf ou fromage dans une purée, lait en poudre dans un potage, noix dans un yaourt…

L’indispensable vitamine C

« La survenue d’une infection est l’un des risques associés à une mauvaise cicatrisation, rappelle le Dr Nina Roos. La vitamine C contribue au bon fonctionnement des défenses immunitaires. Elle joue également un rôle essentiel dans la fabrication du collagène. » Les fruits en apportent, notamment les agrumes, le kiwi et les fruits rouges, mais aussi certains légumes comme le poivron, le brocoli, le chou ou le persil.

Le Programme national nutrition santé (PNNS) recommande au moins cinq portions de fruits et légumes par jour. Hors carence ou dénutrition, une alimentation variée couvre les besoins. De fortes doses de vitamine C ne font pas cicatriser plus vite et peuvent provoquer des effets indésirables.

Le soutien des bons lipides

Les lipides fournissent de l’énergie et constituent les membranes cellulaires. Les oméga-3 contribuent à réguler l’inflammation, nécessaire à la cicatrisation. Rien ne prouve toutefois qu’ils accélèrent seuls la fermeture d’une plaie.

« L’ALA, oméga-3 végétal, est dit “essentiel” car notre organisme ne le fabrique pas, précise le Dr Chicheportiche-Ayache. Il se trouve dans les huiles de noix, de lin et de colza et les fruits à coque. Les oméga-3 animaux EPA et DHA sont apportés par les poissons gras (sardine, saumon, maquereau). » Le PNNS recommande deux portions de poisson par semaine, dont une de poisson gras.

Trois oligo-éléments en renfort

Le zinc intervient dans la multiplication cellulaire et la réparation des tissus. Une méta-analyse publiée en 2025 dans BMJ Nutrition, Prevention & Health observe un bénéfice possible d’une supplémentation sur certains ulcères. Le niveau de preuve, modéré, ne justifie pas d’en prendre systématiquement. Fruits de mer, viande, œufs, laitages, noix et légumes secs en apportent.

Le fer transporte l’oxygène jusqu’aux tissus ; une anémie peut ralentir leur réparation. Viande, coquillages et légumes secs en apportent.

Le cuivre contribue à la formation et à la solidité du collagène. Présent notamment dans les fruits de mer, noix, cacao et légumes secs, il ne nécessite généralement pas de supplémentation sans indication médicale.

Que manger après une opération ?

L’approche a évolué. « La reprise précoce de l’alimentation s’inscrit désormais dans la réhabilitation améliorée après chirurgie (RAAC), une prise en charge globale qui vise une récupération plus rapide en limitant notamment le jeûne, les douleurs, les nausées et l’immobilisation », informe le Dr Chicheportiche-Ayache.

Dans ses recommandations de 2025, la Société européenne de nutrition clinique et métabolique, l’ESPEN, préconise de remanger dès que possible lorsque l’intervention le permet. Ainsi, attendre systématiquement le retour du transit n’est plus la règle après de nombreuses opérations. Les consignes de l’équipe soignante restent prioritaires, notamment après une chirurgie digestive.

Qui risque de moins bien cicatriser ?

Les personnes âgées, dénutries, fumeuses, atteintes de diabète ou d’une maladie vasculaire sont davantage exposées. Corticoïdes au long cours, chimiothérapies ou médicaments immunosuppresseurs peuvent aussi ralentir la réparation. Ils ne doivent jamais être interrompus sans avis médical.

« Chez les personnes diabétiques, l’excès durable de glucose endommage les petits vaisseaux et les nerfs, décrit le Dr Roos. La plaie est moins bien oxygénée, parfois découverte tardivement, et davantage exposée à l’infection. » Une méta-analyse publiée en 2026 dans Perioperative Medicine, portant sur 30 essais et plus de 2 700 patients opérés de l’abdomen, associe un contrôle rigoureux de la glycémie à moins d’infections du site opératoire. Ce résultat, issu surtout d’études asiatiques, reste à confirmer. Toute plaie du pied chez une personne diabétique impose néanmoins un avis médical rapide.

L’eau compte aussi

Une bonne hydratation contribue au transport des nutriments et au fonctionnement des cellules. Aucune quantité d’eau ne garantit cependant une cicatrisation plus rapide. Environ 1,5 litre de boissons par jour constitue un repère à adapter à la chaleur, à la fièvre et aux pertes digestives. En cas d’insuffisance cardiaque ou rénale, l’avis médical prime.

Eau, tisanes, bouillons, fruits et légumes participent aux apports. Une bouche sèche, des urines foncées et peu abondantes ou des vertiges peuvent signaler une déshydratation.

Quand faut-il consulter ?

« Une rougeur qui s’étend, une chaleur ou un gonflement croissants, une douleur qui augmente, un écoulement trouble ou malodorant, de la fièvre, des frissons ou l’ouverture des bords de la plaie doivent conduire à demander rapidement un avis médical, insiste le Dr Roos. Il faut également consulter si la plaie noircit, ne montre aucune amélioration ou si l’état général se dégrade. »

Chez une personne diabétique, immunodéprimée ou souffrant de troubles circulatoires, mieux vaut ne pas attendre. L’alimentation apporte les nutriments nécessaires à la réparation, mais elle ne remplace ni les soins locaux, ni les pansements adaptés, ni le traitement de la cause qui empêche la plaie de cicatriser.

(1)    Utilisé à l’hôpital contre la dénutrition, le régime pulsé concentre une grande partie des protéines sur un ou deux repas. Il doit être adapté par l’équipe soignante.

Quelle différence entre malnutrition et dénutrition ?

La malnutrition résulte de carences, d’excès ou de déséquilibres dans les apports énergétiques ou nutritionnels.

La dénutrition survient lorsqu’on ne mange pas assez par rapport à ses besoins, parfois sans s’en rendre compte. On perd alors du poids, des muscles et de la force.

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